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Obama : le retour du soft power ?

par sathya

Le 20 Janvier 2009


Le 20 janvier 2009, Barack Obama est investi comme 44ème président des Etats-Unis. Il nous aura fallu attendre pour enfin voir l'équipe Obama au travail et en charge des dossiers. Pour l'instant, il serait aberrant d'essayer de juger la politique de Obama tant les discours d'une campagne peuvent être déformés par l'exercice du pouvoir. Cependant un thème de sa campagne revenait assez souvent sur le plan international : le soft power. Mais qu'est-ce que le soft power ? Qui l'a conceptualisé ? Retour analytique sur le soft power...

Depuis l'élection de Barack Obama comme 44ème président des Etats-Unis, un terme, oublié sous la présidence Bush semble-t-il, est réapparu. Le « soft power » semble de retour. Ce terme semble être l'une des solutions apportées par le président élu pour redorer le blason américain, pour que les Etats-Unis soient à nouveau aimés dans le monde. Il est vrai que les huit ans de présidence Bush ont dressé un panorama assez sombre sur l'attractivité américaine. La guerre contre le terrorisme a été très mal ressentie dans toute une partie de la planète. Pour l'instant, il est difficile de juger Barack Obama sur sa politique étrangère puisqu'il vient d'être investi. Mais le renouveau des Etats-Unis sur la scène internationale est, du moins dans les médias (voir l'article du New York Times « Is (His) Biography (Our) Destiny ? », souvent lié à sa personne, à sa personnalité et à son histoire familiale (fils métis africain et américain, de père musulman mais chrétien). Par l'élection d'un métis à la Maison-Blanche, l'Amérique aurait d'ores et déjà envoyé un message de changement au monde entier. Il est, tout de même, intéressant de noter la volonté de la part de l'équipe d'Obama de communiquer sur le soft power même si pour l'instant, peu de mesures concrètes sont prises. Ces discours vont dans le sens inverse de la vision néo-conservatrice, qui insiste davantage sur tout l'aspect « hard » du pouvoir avec la puissance militaire en tête.

Ainsi, le soft power de Joseph Nye semble être de retour dans les relations internationales. Loin d'être une théorie à part entière des relations internationales, comme peut l'être le réalisme, le libéralisme ou encore le néo-réalisme, ce concept forgé en 1990 dans Bound to Lead par Nye a très vite trouvé un écho important dans les politiques étrangères des pays. Il ne s'agit pas de dire que le soft power n'existe que depuis les années 1990, loin de là, mais ce terme a été forgé dans ces années-là. Depuis longtemps, les Etats ont mis en place des stratégies de diplomatie culturelle, visant à compléter leur diplomatie traditionnelle ou bien visant à renforcer la puissance militaire et stratégique. En effet, dans un entretien réalisé avec François Roche, spécialiste de l'histoire de la diplomatie culturelle française, nous avons pu apprendre que trois piliers composaient la diplomatie selon certains chercheurs depuis 30 à 40 ans : il y a d'abord le pilier stratégique et militaire avec tout l'aspect politique que cela inclut, ensuite il y a le pilier économique qui a gagné en importance du fait de la prédominance de l'économie dans le monde d'aujourd'hui, enfin le troisième pilier qui est celui de la diplomatie culturelle. Au travers de relations culturelles entre Etats, le soft power était déjà en place. Le rayonnement d'un Etat, notamment culturel, devait l'aider à avoir plus de puissance dans les relations internationales. Ainsi dans une première partie, nous allons revenir sur ce concept de soft power, pour comprendre ce qu'il inclut, ce qu'il implique dans les relations entre Etats. Nous nous intéresserons aussi à d'autres travaux de Joseph Nye, notamment ceux où il développe avec Robert Keohane l'approche transnationale, pour comprendre les liens entre le soft power et cette approche-là. L'objectif de cet article est de revenir en profondeur sur ce concept, de comprendre ce qu'il implique et comment il a été défini par Joseph S. Nye. Il nous semble important d'effectuer ce travail de définition pour comprendre ultérieurement les enjeux de la politique américaine.

LE CONCEPT DE SOFT POWER DEVELOPPE PAR JOSEPH S. NYE

Le concept de soft power a été forgé en 1990 par Joseph Nye dans Bound to Lead. The changing nature of American Power. Après le succès de ce terme dans les années 1990, Nye a publié l'essai Soft power. The means to success in world politics en 2004 pour réactualiser ses idées par rapport aux évolutions contemporaines. La définition couramment acceptée est la suivante : « What is soft power ? It is the ability to get what you want through attraction rather than coercion or payments. It arises from the attractiveness of a country's culture, political ideals and policies. When our policies are seen as legitimate in the eyes of others, our soft power is enhanced. » (Qu'est-ce que le soft power ? C'est la capacité d'avoir ce que vous voulez par l'attraction plutôt que par la coercition ou des paiements. Quand nos politiques sont vues comme légitimes dans les yeux d'autres, notre soft power est amélioré). Ainsi le soft power réside dans le pouvoir de cooptation, dans le faire en sorte que les autres acteurs des relations internationales prennent des décisions qui vont en votre faveur. Ce type de pouvoir se différencie d'autres types de pouvoir qui « repose sur des encouragements (la carotte) ou des menaces (le bâton) ».

Derrière le concept de soft power, on peut en déduire une approche de la puissance assez originale. En effet si l'on considère, en reprenant les propos de Robert Dahl, que la puissance est « la capacité de faire faire à d'autres ce qu'ils ne feraient pas autrement », le soft power agit bien sur la puissance. Selon Nye, il y a trois manières d'agir sur la puissance d'un Etat : il y a la puissance coercitive qui agit avec des menaces (le pouvoir militaire et stratégique), la puissance économique qui via des paiements peut infléchir la position d'un acteur, et enfin la puissance d'attraction et de cooptation. Le soft power est donc à l'opposé d'une « méthode directive », c'est une méthode plus indirecte.

Le concept de soft power puise certaines de ces caractéristiques dans l'approche transnationale développée par Joseph Nye et Robert Keohane dans les années 1970. Dans Power and Interdependence, ils formulent le concept « d'interdépendance complexe » (bien expliqué par Dario Battistella). L'existence de plusieurs sortes d'acteurs, notamment sub-étatiques et non étatiques, est reprise dans le soft power. En effet, ce pouvoir de cooptation n'est pas du seul fait des Etats, même dans les essais de Nye il s'interroge surtout sur la puissance des Etats-Unis. Mais des acteurs autres que l'Etat peuvent aussi agir sur la scène internationale et permettre à un Etat de développer son soft power. Dans l'approche transnationale, les auteurs considèrent aussi que la « force militaire est de moins en moins adéquate pour obtenir satisfaction dans les domaines non militaires de la politique mondiale ». Le soft power n'est donc pas une théorie en relations internationales, d'ailleurs ce n'est pas du tout considéré comme tel. Le soft power serait plus un concept, un outil conceptuel permettant de mieux agir sur la scène internationale. Une fois, ce concept popularisé, nous avons pu voir des gouvernements se soucier de « leur » soft power, pour améliorer leur puissance sur la scène internationale. En ce sens, les Etats cherchent, comme dans la logique réaliste à augmenter leur puissance, simplement la puissance n'est pas seulement considérée du point de vue stratégique, militaire ou économique.

Ce qu'il faut bien comprendre c'est que Joseph Nye dans Bound to Lead cherche à trouver des solutions pour faire en sorte que les Etats-Unis continuent d'être une superpuissance et d'être la première puissance mondiale. En effet, dans cet essai, Nye se questionne sur le déclin des Etats-Unis. C'est dans cette perspective, qu'il opère la distinction entre le hard power (miliaire et économique) et le soft power. Pour Nye, grâce à son soft power, les Etats-Unis peuvent se permettre de toujours prétendre au leadership mondial. En effet, il montre l'influence que peut avoir la culture américaine dans différentes sociétés comme en ex-URSS où les jeunes portent des blue-jeans, en Chine où les manifestants de la place Tian'anmen ont dressé une réplique de la statue de la Liberté, le prestige des universités américaines qui attirent chaque année des milliers d'étudiants étrangers. Nous pouvons aussi évoquer le fait que la langue américaine est devenue la « lingua franca » dans le monde économique. Ce sont autant d'exemples qui attestent l'idée que les Etats-Unis continuent malgré leur perte de vitesse sur le plan militaire et économique à rayonner sur le monde. Ce questionnement sur la puissance américaine est à mettre en relations avec le fait que Nye a une carrière politique plutôt éloquente puisqu'il a d'abord été adjoint au sous-secrétaire d'Etat dans l'administration Carter, mais il a surtout été secrétaire adjoint à la Défense sous l'administration Clinton. Ainsi au travers de responsabilités politiques, il a pu peser sur la politique étrangère américaine.

BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages en anglais

NYE Joseph S., Bound to Lead. The changing nature of American Power, New York, Basic Books, 1990, 336 p.

NYE Joseph S., Soft power. The means to success in world politics, New York, PublicAffairs, 2004, 192 p.

Ouvrages en français

BATTISTELLA Dario, Théories des relations internationales, Paris, Presses de sciences po, 2003, 588 p.

NYE Joseph S., Le Leadership américain. Quand les règles du jeu changent, Nancy, PU Nancy, 1992.

ROCHE François, PIGNIAU Bernard, Histoire de la diplomatie culturelle des origines à 1995, Paris, La Documentation française, 1995, 298 p.

Articles et ressources internet

SERVOISE René, « Joseph S. Nye. Bound to Lead. The Changing Nature of American Power », in Politique étrangère, 1992, volume 57, numéro 1, pp. 188-189.

NEW YORK TIMES, « Is (His) Biography (Our) Destiny ? », http://www.nytimes.com/2007/11/04/magazine/04obama-t.html, date de consultation 16/12/2008

sathya

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