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Dear Science (TV on the Radio)

par simon

Le 26 Février 2009


TV on the Radio est un groupe passionnant, au son et au style très particulier. Pourtant, leur deux premiers albums ne dévoilaient pas vraiment tout leur potentiel. La preuve : avec Dear Science, plus énergique et accessible, ils signent fin 2008 l'un des meilleurs disques de l'année.

Tv on the radio, c'est typiquement le groupe que j'ai longtemps admiré sans jamais beaucoup l'écouter. Desperate Youth, Thirsty Babes et Return to the Cookie Mountain, leurs deux premiers albums, sont bien quelque part dans ma discothèque ; mais à l'exception de quelques excellentes chansons, ils restent pour moi des objets étranges, mystérieux et finalement plutôt intimidants. Pas qu'ils soient mauvais, au contraire, plutôt d'une virtuosité un peu froide, qui fait qu'on a plus envie de les aimer que de les entendre.

Leur nouvel album, dont le titre sonne comme une déclaration d'amour à la rationalité , vient pourtant de changer tout ça. Les ingrédients du groupe de Brooklyn ne sont pas fondamentalement bousculés. Mais ce qui autrefois pouvait être cérébral - et disons le, ennuyeux - dans leurs chansons est devenu excitant. Leur musique garde ce goût pour les textures sonores, les sons étonnant, mais Dear Science s'adresse moins à l'esprit qu'au corps. Clairement, il s'agit de leur disque le plus accessible - et c'est un compliment ; il n'est pas donné à tout le monde de savoir simplifier sa musique, sans renier son style, en restant audacieux. De toute façon, moins accessible que certaines chansons de TV on the Radio, on tape directement chez Steve Reich.

La première chanson fait logiquement office de transition avec les albums précédents : on y retrouve les arrangements bizarres, une mélodie légèrement dissonante, un étrange décalage rythmique entre la voix très paisible et la percussion. Déjà, le travail sur les choeurs, la texture presque palpable du son impressionne. La production de David Sitek - guitariste du groupe et magicien sonore responsable de la disparition de Tom Waits sur le disque de Scarlett Johansson - est toujours aussi particulière. Les choeurs se confondent avec les guitares, des sons sortent d'on ne sait où, s'extraient de la masse sonore pour disparaitre quelques secondes plus tard. Mais ici les arrangements et la production tapent encore plus fort, plus efficaces, moins chichiteux peut-être : c'est le riff de guitare sautillant de Crying, sa basse funky, les saxos qui s'invitent à la fin de la chanson comme une évidence.

Dancing Choose explore un style presque hip hop, avec un refrain pop qu'on a envie de chanter à tue tête - mais on ne s'y risquera pas car c'est plus difficile que cela en a l'air. Là encore, une guitare qui n'a pas besoin d'en faire des tonnes pour donner envie de taper du pied, des synthés toujours là où il faut. De nouveau dans le genre tubesque, on retrouve DLZ en fin de disque. Rythmique très efficace, choeurs en lalala, mélodie accrocheuse, la chanson fait le dos rond aux radios avant de sortir les griffs et les guitares aggressives. Presque trop facile, et finalement vraiment classe...

Golden Age, qu'on croirait écrite par un Beck qui aurait brusquement retrouvé tout son talent, synthétise parfaitement le style de TV on the Radio "première période" et les aspirations plus dansantes de ce nouvel album. On y trouve des choeurs partout, des instruments à vents, le chanteur monte et descend la gamme sans arrêt. L'indigestion est proche, mais le groupe sait exactement où s'arrêter pour ne pas tomber dans le pompier. A ce moment là, on croit repérer aussi un certain systématisme dans la composition. L'album entier semble en effet conçu comme un tiraillement entre deux pôles : les rythmiques, très pêchues, parfois électroniques ou synthétiques ; et les voix, chaudes, soul, souvent doublées par des choeurs ou des cordes.

Mais TV on the Radio vient aussitôt démentir cette impression, dégainant quelques ballades - d'une simplicité auquel le groupe ne nous avait pas habitué. Et il ne font pas les choses à moitié : ma préférée d'abord, Family Tree, parfaitement arrangée, toute en retenue, les arrangements s'effaçant pour une fois au profit d'une mélodie superbe. . Même chose pour Love Dog et Stork & Owl, plus produites, moins émouvantes peut-être, mais qui reproduisent le même tour de force : des ballades qui conjuguent cordes - jamais pompières, choeurs - omniprésents mais pas étouffants, trouvailles sonores et mélodies simples.

On ne parlera pas de toutes les chansons : comme un coffre à jouet, chacune récèle ses petits trésors ; une ligne de guitare funky ici, une jolie basse enfouie là, un tressaillement électronique, une inflexion de voix nouvelle. Dear Science est un disque dense, qui déborde de tous les côtés ; plus accessible que les précédents albums du groupe, il n'en nécessite pas moins un certain temps d'apprivoisement. Le groupe semble se lâcher, tente de se réinventer à chaque chanson et signe en passant l'un des meilleurs disques de l'année 2008. Sans effort, presque en dansant.

simon

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