CONNEXION

Un hôpital d'enfer

Toby Litt

par shalinee

Le 28 Février 2009


Toby Litt est un écrivain britannique né en 1968 à Bedford. Merveilleusement inventif et audacieux, il ne cesse de nous impressionner en renouvelant le style, le genre et le décor de chaque nouveau roman. Un hôpital d'enfer (Phébus, 2008), son dernier livre traduit en français nous offre une vision surréaliste du monde hospitalier, avec ses personnages déjantés et une intrigue diaboliquement haletante. Vous l'aurez compris : il ne s'agit pas d'un simple récit de la vie à l'hôpital.

Pourtant, tout commence plutôt bien, dans une ambiance très « Urgences ». Nous découvrons l'histoire d'amour platonique d'une infirmière, des rivalités entre collègues, et des micro histoires sur les patients qui n'ont rien de surprenant. Toutefois, au fur et à mesure que la narration progresse, les masques commencent à tomber : certains médecins se révèlent être des satanistes, les infirmières nymphomanes, les brancardiers adeptes du vaudou etc. Après une séance de messe noire, célébrée en même temps qu'un rite vaudou, des événements étranges se produisent et plongent l'hôpital dans un chaos. Un épais brouillard encercle le bâtiment, des patients guérissent miraculeusement et des morts ressuscitent. Toby Litt pousse même cette fantaisie un peu plus loin : La viande mangée plus tôt s'extirpe des côtes brisées pour se transformer en vaches, poulets, cochons (voire chiens et chats). De la même manière, les organes exposés dans les bocaux de la morgue reprennent leur forme d'origine, à l'instar de tout autre organisme capable de contenir la vie...

De rebondissements en rebondissements, Toby Litt nous entraîne ainsi dans une langue simple, fluide qui tranche avec la richesse allégorique de son histoire. Que ce soit les noms des personnages (le sinistre médecin légiste Dexter Von Sinistre ; Honey Hopeful, la sage-femme qui apporte de l'espoir, etc.) ou chaque événement du récit, tout a un double signification. Toujours dans cette même perspective d'élargir le sens du livre, l'auteur maintient un suspense interminable tout au long du roman, qui se prolonge même après la lecture. En effet, les interprétations du récit et de son dénouement sont multiples, et il appartient au lecteur de les déchiffrer.

S'agit-il des déboires de la National Health Service ? Ou le rêve d'un des patients dans le coma (comme nous le suggère le sous-titre du livre en anglais « a dream vision ») ? Ou est-ce tout simplement notre propre cauchemar que nous visualisons en lisant ce roman ? ( je m'adresse là à tous ceux qui ont une phobie de l'hôpital comme moi). En tout cas, après avoir lu ce livre d'enfer, vous ne revisiterez plus l'hôpital de la même manière !

Extrait :

"Steele se pencha pour regarder sous le brouillard fantôme – et tomba sur la chose la plus grotesque qu'il ait jamais vue de sa vie. Incapable, pour quelque raison, de se déplacer normalement, un pas après l'autre, la femme se tenait le dos arqué, à quatre pattes, comme quelqu'un qui tricherait en dansant au Limbo, en s'appuyant sur le dos. Son ventre toujours énorme pointait vers le plafond, tout secoué de coups, comme la carapace d'une tortue géante de Galapagos. Elle était nue, des veines bleues parcouraient sa peau comme la moisissure d'un fromage de Stilton, et ses longs cheveux balayaient le sol derrière elle telle une queue. Mais, plus étrange encore, la tête du bébé à demi né sortait d'entre ses cuisses – les yeux grands ouverts, regardant droit devant lui ; il évoquait un conducteur de tank..."

shalinee

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