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Appaloosa

par simon

Le 22 Janvier 2009


Retour sur le beau film de Ed Harris, qui parvient à ressusciter le genre du western en évitant à la fois la momification (refaire Rio Bravo en 2008) et la modernisation aveugle. Avec Jeremy Irons, Viggo Mortensen et Renée Zellweger ; des indiens, des duels, des saloons, des chevauchées dans le désert...

On pensait le western complètement épuisé, has-been, disparu de nos écrans. Nous avions tort : après le très bon 3h10 pour Yuma en début d'année, winchesters, chevauchées dans le désert et duels sont de retour, avec Ed Harris devant et derrière la caméra.

Appaloosa est un patelin typique de western, avec son hôtel-saloon, ses rues poussiéreuses, et ses notables terrorisés par le mafieux du coin - Jeremy Irons, très bon. Après que celui-ci ait assassiné le shérif, deux mercenaires impitoyables (Ed Harris et Viggo Mortensen) sont engagés pour faire respecter l'ordre. Bien sûr, tout cela va être plus compliqué que prévu.

En voilà un film étrange ; à première vue, personnages typés, décors qu'on a déjà vu des centaines de fois, sobriété de la mise en scène, tout renvoie aux classiques des années 50. Peu d'effets de style, pas la moindre volonté de moderniser quoi que ce soit ; les évènements semblent se dérouler comme prévu, on croit apercevoir John Wayne dans un coin, et on commence à se dire que - quand même - faire un tel film en 2008 n'a pas beaucoup de sens. C'est juste à ce moment que Ed Harris prend la tangente, et opère un glissement qui ne sera que le premier d'une longue série. L'intrigue fait mine de se resserrer autour de l'arrivée d'une jolie veuve jouée par Renée Zellweger ; un triangle amoureux avec nos deux cowboys solitaires ? Pourquoi pas, mais non, le film est déjà parti ailleurs, dans une autre direction. Des chasseurs de primes apparaissent, puis des indiens s'invitent dans le scénario, avec beaucoup de naturel. Le film explore brièvement le côte sombre de son personnage principal, aussi violent que les malfrats qu'il combat, on pense brièvement à Jack Bauer au Far West, mais Ed Harris ne s'appesantit pas là dessus. Tous les éléments clé du western sont convoqués, mais effleurés, comme à la marge. Le film bondit sans cesse vers l'avant, et finit par trouver son rythme, faussement placide et traversé de vrais moments de bravoure.

Les duels par exemple : certains metteurs en scènes n'auraient pas hésité à en rajouter dans le suspense, avec force gros plans et montées en puissance ; dans Appaloosa, tout se joue en quelque secondes. "They knew how to shoot", dit Ed Harris. Sécheresse, lisibilité constante de l'action, qui n'empêchent ni tension ni sentiments. Car plus que les histoires de malfrats, plus que l'histoire amoureuse avec Renée Zellweger (qui joue d'ailleurs plutôt mal un personnage pourtant intéressant), c'est au fond la relation qui unit les deux héros qui semble le plus intéresser le réalisateur. Une relation vraiment subtile, faite de dépendance (Viggo Mortensen soufflant à son collègue les mots trop compliqués), de complicité masculine qui se passe de mots, d'un humour partagé.

La beauté et la simplicité de son personnage permettent à Viggo Mortensen de faire étalage de sa classe : malgré une moustache assez disgracieuse (syndrome Miami Vice ?) l'acteur n'a vraiment pas besoin d'en faire des tonnes pour poser un personnage et s'approprier le plan.

Appaloosa est un beau western, modeste, bavard (la parole y domine largement l'action), discrètement audacieux. Un film qui prend acte de la mort du genre, mais en s'obstinant à refuser tout second degré, à privilégier le décalage subtil au renouvèlement esthétique, finit par le ressusciter, sans effort, sans esbroufe ; tout en élégance.

simon

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