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Burn after reading

par simon

Le 14 Novembre 2008


Le nouveau film des frères Coen propose un retour inattendu à la comédie, avec un casting étonnant : Georges Clooney, Brad Pitt, Tilda Swinton, John Malkovich, et toujours Frances Mc Dormand. Verdict ? C'est triste.

Tristesse. C'est le principal sentiment qui se dégage du dernier film des frères Coen ; une tristesse sourde, légèrement désabusée, on aimerait bien en rire mais on ne peut pas totalement, quelque chose résiste.

Triste d'abord de voir les frangins opérer un tel virage. Avec No Country for Old Men, ils effaçaient d'un seul coup plusieurs années de pénibles comédies par la grâce d'un beau film sec et tranchant, à l'image de ses paysages. On ne comprenait pas tout, Javier Bardem jouait le diable en perruque, et c'était beau. Surtout, il s'agissait d'un vrai pas en avant ; sur la forme, ils parvenaient à épurer leur cinéma pour n'en garder que l'ossature - sens du rythme, du cadrage, un don pour construire et rendre lisibles des plans toujours sophistiqués. Sur le fond, ils s'éloignaient un peu des loosers et des bouseux qui ont toujours peuplé leur univers, et inventaient au passage une figure du mal étonnante, bien plus convaincante que dans Barton Fink.

Et voici Burn after Reading, qui semble revenir aux fondamentaux : on ne serait pas très loin de la vérité en disant qu'il s'agit de Fargo, sans la neige. Mêmes personnages de gentils imbéciles, qui jouent aux gangsters sans en avoir la carrure et perdent le contrôle de la situation jusqu'au ridicule. Ici, un duo (Brad Pitt, Frances Mc Dormand) travaillant dans un club de gym. Il est gentil mais stupide, elle cherche l'amour sur internet et rêve de chirurgie esthétique ; tous deux découvrent un CD contenant des données secrètes de la CIA, et décident de faire chanter son possesseur. Ajoutons une pincée de couples adultérins (qui semblent tout droit sortis d'Intolérable Cruauté), et un groupe de dirigeants de la CIA qui suivent tant bien que mal la situation. Précisons que comme souvent chez les Coen, le film se transforme assez vite en jeu de massacre sanglant - mais toujours au second degré.

Film triste ? Burn after reading est avant tout une vraie comédie, plutôt bien mise en scène, où on rit souvent, mais il manque quelque chose ; un élément, qui faisait la beauté des meilleurs films des Coen est ici absent. La neige ? Les feuilles mortes de Miller's Crossing ? La clé se trouve peut-être dans le personnage joué par Frances McDormand : présenté comme une vieille fille un peu bête, morceau de chair triste rêvant de bistouri, traînant son mal-être entre deux rendez-vous amoureux pathétiques ; c'est peu de dire que le film n'est pas tendre avec elle. L'agent de la CIA n'est pas gâté non plus, caricature de vieillard alcolique, éructant, jurant tous les deux mots. Les personnages des frères Coen sont souvent des loosers, sympathiques mais limités ; mais en plus de faire rire les spectateurs à leur dépends, les réalisateurs leur donnaient autrefois une vraie stature (à travers toute la mythologie du film noir), et leur témoignaient toujours un peu de tendresse. Ici personne ne semble plus y croire, chacun est montré du doigt, roulé dans la boue, le tout avec un aplomb et un cynisme étonnant. Le plan "Google Earth" qui ouvre et ferme le film, un long zoom depuis l'espace jusqu'au siège de la CIA est ainsi particulièrement explicite : allons voir ce qu'il se passe chez les ploucs, rions un bon coup à leurs dépends, puis retournons à nos affaires plus importantes. A ce cynisme nouveau s'ajoute une trivialité qu'on croyait disparue en même temps que l'horrible Ladykiller.

Même si l'on rit, même si l'on s'amuse un peu, le cynisme en roue libre, l'énergie négative du film laissent un drôle de sentiment qui colle à la peau. Quelques scènes seulement retrouvent un peu de délicatesse : on pense au personnage joué par Georges Clooney, séducteur compulsif et mari infidèle, qui espère se réfugier auprès de sa femme, et apprend que celle-ci s'apprête à divorcer. A genoux sur le trottoir, il regarde la caméra. Son dépit, presque celui d'un enfant, la détresse totalement illogique que l'on peut lire dans ses yeux (il s'apprêtait lui-même à la quitter) nous le rend sympathique pour la première fois. La scène est cruelle, mais dégage une certaine tendresse qui fait du bien. Cette fois, on est triste pour le personnage ; pas pour les réalisateurs.

simon

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