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Star Trek

par simon

Le 11 Mai 2009


Le créateur de Lost et Alias à la télévision revisite la série geek la plus connue de l'histoire de la science fiction télévisuelle. Avec des acteurs quasi inconnus (les seules "stars" du film étant Eric Bana et Simon Pegg, c'est dire) mais un gros budget, beaucoup d'action et un vrai savoir-faire. Alors, Spock et Kirk donnent-ils un coup de vieux à Georges Lucas ? Critique, propulseurs au maximum.

La musique est emphatique, pompeuse, mais de circonstance. Des vaisseaux spatiaux flottent sur un fond de nébuleuses. Parfois, les personnages hurlent des phrases incompréhensibles, il faut "préparer le propulseur spatial" ou régler "le transfert en trajectoire courbe". Pas de doute, nous sommes bien dans un Space Opera, en terrain connu, mais étrangement peu exploité ces derniers temps - à l'exception de la médiocre nouvelle trilogie de Star Wars.

Que l'on soit amateur de Star Trek ou pas - personnellement je n'y connaissais pas grand chose, on se retrouve rapidement pris dans l'action : en effet, J.J. Abrams, dans un geste qui ne manque pas de panache, dégaine d'entrée l'une des scènes les plus spectaculaires du film. Des premières minutes intenses et très belles, exposant littéralement la naissance d'une partie du mythe.

Le parti-pris du film est de se placer au tout début de l'univers Star Trek, de raconter la jeunesse des héros de la série, et bien sûr la naissance de leur amitié : Spock, et Kirk, deux jeunes recrues au sein de l'USS Entreprise, de tempéraments évidemment opposés. Le premier est un métis, père vulcain et mère terrienne, qui ne sait trop si il doit contrôler ses émotions comme le veut sa culture paternelle ou leur laisser libre court. Le second est le prototype de la tête brulée attachante. Le mystère de l'amitié masculine semble décidément être un réservoir à fiction inépuisable pour le cinéma américain - on repense aux comédies de la galaxie Apatow, à leur justesse psychologique et paradoxalement leur incapacité relative à donner chair à de vrais personnages féminins. Le revers de la médaille est aussi présent ici, la seule femme du vaisseau étant réduite à faire de la figuration entre deux déchiffrages de langue extra-terrestre.

De ce parti pris de la jeunesse et du renouveau, le film tire toute son énergie et sa grâce : les rebondissements s'enchaînent, les blagues fusent sans jamais tomber à plat ; esthétiquement, la vitesse de l'action verse parfois dans l'abstraction (un trait de mise en scène déjà visible dans Mission Impossible 3 et même dans Lost), les scènes en intérieur sur-éclairées entourent les personnages d'un halo lumineux au sein duquel ils se déplacent avec élégance. Il y a là également un vrai talent pour poser en quelques secondes des personnages, probablement hérité de l'expérience télé : une scène, un dialogue ou un gag suffisent à l'incarnation. L'équipage du vaisseau est ainsi presque immédiatement attachant, alors même que le film leur accorde peu de scènes d'exposition. Très impressionant.

Jeunesse et arrogance, c'est aussi comme cela que le film évacue toute comparaison - pourtant évidente - avec la saga de Georges Lucas. Beaucoup de scènes rappellent Star Wars, Abrams le sait évidemment, mais semble mener sa barque comme si Luke Skywalker n'avait jamais existé. Et cela fonctionne. Il expurge son film de tout discours politique, fait fi du mysticisme, de la métaphysique à deux sous de son cousin galactique, et évite également l'amour coupable pour les extra-terrestres mignons avec des poils. Star Trek est étonnamment direct et lumineux, loin de la noirceur affichée des blockbusters américains actuels. A peine une séance de torture, très courte - quasiment un exploit pour un film américain.

Certes, le grand méchant destructeur de planètes joué par Eric Bana n'est ni très charismatique, ni très convaincant, mais Abrams et ses scénaristes ne semblent pas y prêter une grande attention, absorbés par ce qui se joue de l'autre côté : la naissance de deux héros, pas tout à fait mûrs, encore presque adolescents, mais sur le point de basculer dans le mythe. Ce qui, associé à des dialogues bien écrits et souvent drôles donne au film un côté teen movie assez plaisant. Le capitaine Pike, cherchant à recruter Kirk pour sa flotte : "En quatre ans, tu pourras devenir capitaine de vaisseau" - "Quatre ans ? Je le ferai en trois." Et peu de temps après, une ellipse : "Trois ans plus tard"...

Dommage pourtant que le film n'explore pas totalement cette direction. On pense parfois à Starship Troopers et ses séances d'entraînement, on aimerait voir un hybride entre film de lycée américain et saga spatiale, on voudrait savoir ce qui se passe durant cette ellipse de trois ans. Etant donné le drôle de début de carrière de J.J Abrams (deux séries au long cours, Lost et Alias ; puis prise d'assaut d'Hollywood avec...des remakes de séries télévisées), on en attendait peut-être quelque chose de plus hybride. Finalement, Star Trek n'est qu'un excellent film d'action intelligement construit et spectaculaire, très professionnel, pas une expérience esthétique et narrative comme a pu l'être Speed Racer l'année dernière. Mais qu'importe, cette vitesse, cette facon de chercher en permanence la fulgurance sans paraître se préoccuper du long-terme (du cinéma adolescent ?) s'accomoderaient mal de ce genre de développement. Ce Star Trek est en tout cas réussi, et il ne fait aucun doute qu'il s'agit du début d'une nouvelle longue saga. Live long & Prosper, comme dirait l'autre.

simon

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