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Hollywood : un soft power ?

par sathya

Le 23 Janvier 2009


Hollywood fait rêver. Hollywood suscite également de nombreux fantasmes tant ses films sont diffusés massivement. Le pouvoir fédéral américain fait parti des fans des premiers temps de Hollywood. Ainsi est posée la question du soft power : peut-on considérer Hollywood comme un soft power ? Le concept de Nye (voir article sur le soft power) est-il heuristique en ce qui concerne l'industrie cinématographique américaine ? Tentative de réponse...

HOLLYWOOD : UN SOFT POWER ?

Hollywood, ses collines, ses paysages variés et surtout son industrie cinématographique ; Hollywood est associé dans le monde entier au cinéma. Depuis le début du siècle précédent, ce quartier de Los Angeles est le lieu où se sont retrouvés les plus grands studios américains. C'est en 1910 qu'est tourné le premier film jamais réalisé à Hollywood In Old California.

Nous allons essayer de comprendre en quoi Hollywood, c'est-à-dire l'industrie cinématographique américaine, peut être considéré comme un instrument du soft power de la puissance américaine. A la lumière des explications, que nous avons données dans la première partie sur ce concept développé par Nye, nous allons confronter ces apports théoriques à ce cas concret que représente Hollywood. En préambule, nous pouvons dire que ce questionnement est assez classique car Nye cite, lui-même, l'exemple de Hollywood dans le cadre du soft power (« Much of American soft power has been produced by Hollywood, Harvard, Microsoft and Michael Jordan »). Le pouvoir du cinéma a depuis le début été pris au sérieux par les Etats. Le développement de Hollywood a été à ses débuts étroitement encadré par les autorités fédérales américaines. Nous allons donc essayer de comprendre comment fonctionne réellement Hollywood pour voir s'il s'agit réellement d'un instrument de la puissance américaine et, si oui, dans quelle mesure. Nous analyserons ses liens avec Washington et le Pentagone, dans un premier temps, en nous appuyant sur les livres de Jean-Michel Valantin (Hollywood, le Pentagone et Washington. Les trois acteurs d'une stratégie globale) et de Barthélémy Courmont et Erwan Benezet (Hollywood Washington. Comment l'Amérique fait son cinéma). Nous verrons que ces trois acteurs entretiennent des relations complexes qu'il faudra expliquer tout en les mettant en parallèle avec le concept de soft power. Dans un second temps, nous reviendrons sur la diffusion du cinéma américain dans le monde pour essayer de mettre au jour les stratégies qui sont en oeuvre. Par sa diffusion massive dans certaines régions du monde, Hollywood conquiert des territoires. Nous nous interrogerons sur le lien entre diffusion du cinéma américain et diffusion de la puissance américaine.

L'histoire des relations entre Hollywood et Washington sont complexes et changeantes selon les périodes. Comme nous l'avons indiqué ci-dessus, à ces débuts Hollywood était très rattaché au pouvoir fédéral américain. Durant la première guerre mondiale, l'industrie cinématographique naissante a été mis à contribution pour la propagande gouvernementale. Il faut d'ailleurs noter que dès ses débuts et aussi en Europe, le cinéma a souvent été un outil de la propagande (on peut penser à la propagande nazie orchestrée par Joseph Goebbels. Deux ans avant l'entrée des Etats-Unis dans la première guerre mondiale (soit en 1915), The birth of a nation de D.W. Griffith est tourné. Ce film est considéré comme le premier grand film de guerre par Benezet et Courmont. Tourné à des fins de propagande, pour convaincre l'opinion américaine de l'imminence de la guerre, ce film a été réalisé avec le soutien logistique d'académies militaires états-uniennes. « Les 190 minutes de la version originale marque le début d'une longue relation de haine-amour entre Hollywood et le Pentagone ». Dans la même lignée, nous pouvons évoquer le « cinéma de preparedness », définit comme étant les « longs métrages réalisés durant les années 1930 et 1940, exaltant l'héroïsme des combattants américains, et dont le but premier sera de préparer l'opinion publique à une nouvelle entrée en guerre ». Durant la deuxième guerre mondiale, le cinéma américain, comme toutes les industries, sera contraint à l'effort de guerre. Selon ces éléments, il est pertinent de se demander s'il s'agit de soft power, si l'industrie cinématographique hollywoodienne accomplissait réellement le rôle de soft power. En effet, ces films de preparedness était destiné à un public américain et non pas à être diffusé dans le monde. Ainsi la puissance américaine n'en était pas forcément augmenté. Il faut bien faire la distinction entre les outils de propagande destinés à sa population et les outils de soft power destinés à faire rayonner son pays dans le monde.

Si l'on continue de dérouler le fil de l'histoire des relations entre Washington et Hollywood, nous devons évoquer la période du maccarthysme où une véritable chasse aux sorcières a lieu : Hollywood était considéré comme étant un nid de communistes. Des réalisateurs black-listés comme Charlie Chaplin sont contraints à l'exil en Europe. Suivra la guerre du Vietnam reconnue comme étant la période contestataire de Hollywood. Nous y reviendrons lorsque nous évoquerons les limites du concept de soft power pour appréhender Hollywood. Le retour des bons termes entre le cinéma américain et Washington est souvent résumé au film Top Gun de Tony Scott sorti en 1986 sous la présidence de Ronald Reagan. Le succès de ce film va relancer les relations de coopération entre Hollywood, le Pentagone et Washington. Il y a tout d'abord de très fortes influences du Pentagone et de Washington dans la conception des scénarios. Hollywood s'avère friand des scénarios de guerre, inspirés de faits réels de guerre. Dans les années 1980, « Hollywood soumet chaque année plus de deux cents scénarios au Pentagone. Officiellement, les experts militaires s'assurent de la vraisemblance des scènes de combat ; mais dans la pratique, ils veillent surtout de très près à l'image que ces films donnent des forces armées ». Le Pentagone a bien compris l'importance et l'influence que pouvait revêtir le cinéma dans la diffusion de son image. Top Gun est à ce titre emblématique de ce cinéma que l'on peut qualifier de publicitaire : des bureaux d'enrôlement de l'Air Force était installé à la sortie des cinémas diffusant Top Gun. Le succès a été au rendez-vous.

Ainsi nous voyons que le Pentagone accepte d'allouer des moyens techniques (porte-avions, chars, matériels militaires en tout genre), une aide logistique, aux scénarios qui lui sont proposés, si ces scénarios diffusent une image qui lui convient. Cela était déjà le cas les années précédentes (comme pour The Longuest Day où l'Army, la Navy et l'Air Force ont été des collaborateurs de tous les instants. Ce film s'apparente à une apologie de l'intervention américaine en Europe et en ce sens participe du soft power américain). Par ce biais, le Pentagone a véritablement réussi à influencer la production de films américains, ce qui atteste de l'existence d'un « complexe militaro-cinématographique » selon l'expression de Jean-Michel Valantin.

Plusieurs degrés de coopération peuvent être mis au jour entre le Pentagone et Hollywood. Il y a tout d'abord la « Courtesy cooperation », ou le premier degré de coopération avec simplement une assistance technique, des fournitures d'images. Ensuite, il y a la « limited cooperation » où s'ajoute une autorisation de tournage dans une installation des forces armées et du personnel en petit nombre. Enfin il y a la « Full cooperation », où là un nombre important de personnel est fourni, du matériel (allant jusqu'aux porte-avions et F16). Il est évident que plus le degré de coopération est élevé plus les exigences du Pentagone sont élevées en terme de scénarios. Ainsi il n'est pas faux de penser que les films ayant une aide importance de la part du Pentagone sont en fait des films destinés à promouvoir l'image de l'armée américaine dans le monde si le film est diffusé mondialement.

Ainsi, avoir montré les relations complexes qu'entretiennent Hollywood et le Pentagone, nous pouvons dire que certains films participent bel et bien du soft américain. L'armée a réussi à se doter d'une forte influence au sein du cinéma américain, ce qui peut lui permettre d'utiliser Hollywood pour diffuser une bonne image de l'armée américaine. Nous avons, dans ce premier point, analysé les stratégies de production des films américains, il faut maintenant regarder les stratégies de diffusion. En effet, pour véritablement parler de soft power, il faut voir comment ces films faits main dans la main avec le Pentagone sont diffusés dans le monde.

Dans ce second point, nous allons essayer de comprendre ce qui se joue dans la diffusion du cinéma américain. En quoi sa diffusion est primordial pour le considérer comme un soft power. Le cinéma hollywoodien est celui qui s'exporte le plus dans le monde : « ses créations sont distribuées dans 150 pays et ses programmes télévisuels sur 125 marchés ». Les marchés où les films américains se diffusent dans le monde sont les pays de la Triade, l'Asie du Pacifique et l'Amérique Latine. Quelques chiffres (du Centre National de la Cinématographie) peuvent attester cela et sont significatifs de l'ampleur de la diffusion de Hollywood dans ces régions. Pour l'année 2005, au sein de l'Union Européenne, la part du cinéma américain représentait 71% contre 27% pour le cinéma européen ; en Allemagne, on trouve 77,2% contre 22,2% et 13,9% pour le cinéma allemand ; en Italie (pays à forte tradition cinématographique et qui avait protégé son marché pendant longtemps), on trouve 53,8% pour le cinéma américain, contre 21,1% pour le cinéma européen et 24,7% pour le cinéma italien, enfin au Royaume-Uni on a 63,1% pour le cinéma américain contre 33% pour le cinéma britannique. En Australie, toujours au cours de l'année 2005, le cinéma national n'a représenté que 2,8%. A contrario, aux Etats-Unis, la part du cinéma étranger ne s'élève qu'à 3,1%. En effet, en plus d'avoir le cinéma le plus exportateur, les Etats-Unis sont aussi les plus protectionnistes, ce qui permet aux films américains de devenir rentables en étant juste diffusés sur le marché américain. Nous pouvons avancer d'autres chiffres à savoir ceux des parts de marché de Hollywood : au Japon cela représente 63,4% des recettes totales, 73,5% au Royaume-Uni, 67,3% en Espagne et 53,6% en France.

Ayant prouvé que le cinéma américain se diffusait très bien, il reste à comprendre en quoi cela participe de son rôle de soft power. La diffusion nous apparaissait comme essentielle pour considérer Hollywood comme un soft power, car le soft power sert à désigner une influence vers l'extérieur. Maintenant nous allons montrer ce qui est exporté en plus des films car un film contient bien plus qu'une simple histoire, des personnages et des images ; un film participe d'une représentation artistique du monde. Au travers des films se transmettent des valeurs, des visions du monde, des manières de vivre. Par exemple, nous pouvons considérer que les films de Spike Lee participent d'une exportation de l'image de la ville de New York et participe donc à son rayonnement dans le monde. D'autres choses peuvent être exporter comme les valeurs de la liberté, d'individualisme, de réussite personnelle, etc. De manière générale, l'American Way of Life est véhiculé via Hollywood (ses films et surtout ses séries télévisées). Ces valeurs peuvent être rejetées par certaines civilisations : par exemple dans des régions où la liberté des femmes est absente, voir des femmes américaines être indépendantes peut choquer ces populations et leurs gouvernements. Cependant les Etats-Unis n'ont pas vocation à être aimés de tous. Les films de la série James Bond participent de la désignation des ennemis des Etats-Unis : les « méchants » étaient les soviétiques au début de la série, puis ont été des terroristes dans Demain ne meurt jamais (1997). Dans la série 24heures chrono, la menace s'est progressivement, au fil des saisons, islamisée. Nous pouvons retrouver cette tendance dans un certain nombre de films américains au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Ainsi Hollywood participe d'une transmission des grandes tendances des visions internationales du gouvernement fédéral et puisent beaucoup dans l'actualité. Cela est d'autant plus accentué que, comme nous l'avons montré, les relations entre Hollywood et le Pentagone sont étroites (nous pouvons évoquer la création en 1998 de l'Institut of Creative Technologies où « des experts des écoles de cinéma et de télévision, réalisateurs, scénaristes ou truquistes travaillent sur la mise au point de nouveaux outils (...) pour l'élaboration de scénarios plus attrayants et plus crédibles, mais toujours élaborés en fonction de la stratégie de défense des Etats-Unis »).

Ainsi à la lumière des propos tenus jusque là nous pouvons penser que Hollywood participe au soft power américain. Par ses relations tenues avec le Pentagone et sa diffusion massive dans la plupart des pays du monde, Hollywood permet à la puissance américaine de rayonner beaucoup plus loin que ses frontières. Nous allons maintenant essayer de nuancer notre propos, notamment en montrant que Hollywood, malgré ses relations avec l'armée, reste une industrie indépendante. Puis nous verrons que l'industrie cinématographique américaine répond plus à des logiques de concurrence mondiale qu'à des logiques d'impérialisme.

A l'issue de la lecture du premier paragraphe, nos explications concernant les relations qu'entretiennent Hollywood et le Pentagone ont peut être entraîné l'idée que l'industrie cinématographique américaine était asservie au pouvoir militaire. Ce n'est plus le cas depuis de nombreuses années, depuis que les studios, dans les années 1930, prennent leur indépendance financière à l'égard du pouvoir fédéral.

Indépendance ne signifie pas forcément opposition : Hollywood, et c'est ce que nous avons montré, tout en étant indépendant, a noué des relations choisies avec le Pentagone et Washington pour avoir des facilités concernant la réalisation de films à grand budget (cf les différents degrés de coopération).

Indépendance néanmoins car certaines périodes du cinéma américain sont marquées par des relations tendues voire conflictuelles avec le pouvoir américain. Il y a d'abord eu une première fracture durant le maccarthysme (de 1950 à 1956), où une véritable « chasse aux sorcières » est mis en oeuvre. Comme nous l'avons déjà évoqué des personnes du monde du cinéma sont contraintes à l'exil (elles étaient sur une liste noire). La grande fracture entre Hollywood et le pouvoir fédéral s'est bien évidemment déroulée durant la guerre du Vietnam. La guerre du Vietnam met fin à plusieurs années de bonne collaboration et il faudra quelques années après la fin de la guerre pour qu'à nouveau cette collaboration revoit le jour.

Hollywood et la guerre du Vietnam c'est l'expression d'une opposition fondamentale sur ce conflit. Hollywood, tout comme l'opinion publique américaine d'alors, est de plus en plus hostile au conflit, au fur et à mesure que l'armée américaine « s'englue dans le bourbier viêtnamien ». Il y a tout d'abord une réticence des réalisateurs de l'époque à tourner des films de guerre, puis il y a un progressif arrêt des demandes d'aide au Pentagone. Le film emblématique du cinéma contestataire de la guerre du Viêtnam est Apocalyspe Now de Francis Ford Coppola sorti en 1979. En 1975, Coppola avait bel et bien rencontré des responsables du Pentagone pour recevoir une aide. La collaboration était impossible tant le film montrait les inepties et la folie de cette guerre. Coppola a donc dû aller tourner aux Philippines où il a reçu le soutien logistique et matériel du dictateur Ferdinand Marcos.

Nous voyons donc qu'il est erroné de penser que Hollywood est subordonné au pouvoir politique et militaire. Depuis que les studios ont pris leur indépendance financière, il y a collaboration parce qu'ils ont des intérêts communs : pour Hollywood c'est de pouvoir faire des films d'envergure et pour le Pentagone c'est d'orienter le cinéma américain à ses fins.

Nous allons maintenant montrer que Hollywood est surtout régi par des intérêts commerciaux. Le cinéma américain est dominé par les majors qui ont complètement inclus dans leurs stratégies la rentabilité économique. Les films « ne sont alors plus guère considérés sous l'angle artistique mais plutôt sous celui d'un produit fordiste désuet ». Le monde du cinéma s'est constitué en un marché mondial où sont échangés des biens (les films) sur différents marchés nationaux. L'importance et le protectionnisme du marché américain permettent aux films américains d'être rentables en étant juste diffusés sur leur territoire, l'exportation étant une sorte de bonus. De plus, nous l'avons montré Hollywood s'exporte très bien et profitant de sa position hégémonique a pu établir les règles du jeu en imposant l'ouverture des marchés cinématographiques. Ainsi « au contraire (de la France), les autres pays européens ont le plus souvent accepté l'ouverture des secteurs de l'image, aux consortiums hollywoodiens, au détriment de leurs propres industries nationales ».

Mais ce qu'à le mieux réussi Hollywood (surtout les majors) et qui explique sa domination sur les pays de la Triade notamment, c'est la création d'un « cinéma-monde ». « La formule cinéma-monde recouvre deux réalités qui travaillent au renforcement de l'emprise américaine sur le marché. Elle révèle à la fois la transformation de l'appareil de production hollywoodien et l'organisation systémique du secteur ». Plus que relevant du soft power, il s'agit plus du bon esprit capitaliste de Hollywood dominé par ses majors.

Ce qui pourrait plus relever du soft power, c'est que les films hollywoodiens parviennent à faire en sorte de créer un cinéma international. Du fait de la prédominance des Etats-Unis comme première puissance mondiale, la langue, les valeurs transmises par les films hollywoodiens paraissent être internationales ou du moins occidentales. Selon Neil Watson et David Puttnam, « les normes et valeurs incarnées dans les films d'Hollywood sont devenues universelles. La généalogie du système de valeurs a été oubliée pour que ses films n'apparaissent plus comme les produits d'une société particulière ». Du fait de la mondialisation, pour qu'un film s'exporte et soit rentable de partout dans le monde, il faut qu'il gomme ses particularités plus locales pour essayer de devenir un produit aux normes internationales, exportables de partout.

Ainsi il convient de dire que Hollywood n'est pas le bras artistique du Pentagone et de Washington. Il y a bien sûr collusion d'intérêts mais Hollywood répond surtout à des logiques proprement capitalistes et non pas impérialistes (comme cela a pu l'être à ses débuts). Qualifier Hollywood de soft power américain nécessite de la prudence car toute son activité n'est pas destinée au rayonnement américain même si elle y participe.

Comme nous l'avons dit en introduction, associer Hollywood et le soft power est plutôt une démarche classique. Le soft power, défini comme un pouvoir d'influence, permettant d'exporter des visions du monde, des manières de vivre hors de son Etat, entre bien en résonance avec le pouvoir que le cinéma peut avoir. Le cinéma a pu être un merveilleux instrument de diffusion pour les Etats. Les Etats-Unis, nous l'avons vu, tout au long de l'histoire du cinéma, ont vu sur leur sol se jouer des relations complexes entre leur industrie cinématographique et le pouvoir fédéral ; nous avons bien expliqué les relations entre le Pentagone et Hollywood qui atteste de l'existence d'un « complexe militaro-cinématographique ». En ayant une influence assez prononcée sur certains films, le Pentagone a ainsi un pouvoir sur l'exportation de son image dans le monde (les films hollywoodiens étant diffusés mondialement). Il ne faut pourtant pas tomber dans une vision complètement instrumentale et impérialiste de Hollywood : l'industrie cinématographique américaine a ses propres logiques, et quand elle s'associe avec le Pentagone, c'est à dessein, c'est selon des logiques propres à la réalisation des films.

Le concept de soft power nous a permis de comprendre le développement de l'industrie cinématographique américaine selon une certaine vision, selon une vision assez étatique finalement (peut être trop étatique). Nous pourrions nous demander si étudier Hollywood du point de vue des majors (comme l'ont fait Josepha Laroche et Alexandre Bohas), de leurs logiques de fonctionnement, d'expansion n'est pas plus pertinent. En effet, les majors qui dominent la production américaine (laissant peu de place au cinéma indépendant), semblent au coeur d'une rude concurrence, qui les poussent à mettre en place des stratégies purement capitalistes. Ces majors semblent plus mus par la rentabilité économique que par la question du rayonnement des Etats-Unis, de la place des Etats-Unis dans le monde, etc. L'indépendance des studios nous paraît être une réalité, qu'on ne peut occulter dans le cas de l'étude du soft power. Hollywood a su montrer sa capacité à refléter les opinions de la société (lors de la guerre du Vietnam) et à se mettre à distance du Pentagone et de la Maison-Blanche.

Dans les prochains, il faudra observer quelles seront les mesures prises par Barack Obama du point de vue du renouveau du soft power américain. Peut-être prendra-t-il en compte l'importance de Hollywood dans la diffusion de ce soft power, en nouant des liens encore plus tenus avec cette industrie cinématographique. Time will tell.

BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages en anglais

NYE Joseph S., Bound to Lead. The changing nature of American Power, New York, Basic Books, 1990, 336 p.

NYE Joseph S., Soft power. The means to success in world politics, New York, PublicAffairs, 2004, 192 p.

Ouvrages en français

BENEZET E., COURMONT B., Hollywood Washington. Comment l'Amérique fait son cinéma, Paris, Armand Colin, 2007, 238 p.

LAROCHE Josepha, BOHAS Alexandre, Canal + et les majors américaines. Une vision désenchantée du cinéma-monde, Paris, Editions Pepper, 2005, 271 p.

NYE Joseph S., Le Leadership américain. Quand les règles du jeu changent, Nancy, PU Nancy, 1992.

VALANTIN Jean-Michel, Hollywood, le Pentagone et Washington. Les trois acteurs d'une stratégie globale, Paris, Editions Autrement, 2003, 207 p.

Articles et ressources internet

Centre National de la Cinématographie, http://www.cnc.fr/Site/Template/T12.aspx ?SELECTID=1371&ID=810&t=1, 18/12/2008.

sathya

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